8. L’Escalier Montmorency

La couleur comme un remède à la mélancolie

 

Piochez des mots pour dépeindre un récit coloré :

Pourpre brun turquoise grenat pastel rubis rouillé pigment émeraude écarlate indigo ocre fuchsia vermillon acajou ambre roux lilas caméléon chocolat argenté prune ébène topaze carmin sépia ivoire camaïeu aubergine jade opale azur citron saphir corail jaspe incarnat iris céladon cobalt parme auburn cyan framboise miel olive taupe bégonia

6 réflexions au sujet de “8. L’Escalier Montmorency”

  1. Je me souviens du temps des premiers feux d’artifice sur la ville. La nuit était tombée. Nous avions attendu patiemment. Nous prenions position dans l’escalier Montmorency. L’escalier mécanique s’était tu le temps de la nuit. Nous gravissions 102 marches exactement, je ne sais pas pourquoi. C’était ainsi. Nous les comptions à l’aller et au retour. Pas question que le compte soit différent. Nous nous asseyions. La nuit était noire mais j’étais trop fier pour me blottir dans les bras de ma grand-mère. Je dissimulais ma peur. Puis le feu explosait et éclairait de ses couleurs le ciel du Havre. Ma peur redoublait avec le bruit, mais mes yeux émerveillés recevait cette évanescence multicolore, captant pour l’éternité l’espoir fou de lendemains meilleurs. Les mains du quartier ont fait de ce souvenir un tapis multicolore, lilas, citron azur, parme, grenat, olive sur lequel mes petits enfants aiment à se lancer des défis. Comme la nuit du feu d’artifice, l’escalier mécanique reste désormais silencieux.

  2. Combien de fois me suis-je promenée dans ces rues, l’esprit embué par la solitude et l’amertume ? Inévitablement, au fil des pas, la brume se dissipe. Comment rester contrariée face à tant de détails charmants ? Les immeubles anciens, anciennes fabriques et autres petites maisons, leurs briques couleur de rouille, et la verdure qui s’épanouit obstinément à leurs pieds. Les cris des enfants se mêlant aux chants des oiseaux. Un chat couleur d’ébène qui m’observe d’un œil paresseux, perché sur un muret. Les nuages s’écartent, laissant percer un ciel azur. Le printemps n’est plus si loin, on le sent, l’entend. Bientôt quelques fleurs viendront ponctuer le paysage de notes acidulées : jaune citron, rose framboise. Elles feront écho à ces volets en bois, peints de teintes joyeuses. (Sommes-nous encore au Havre ou dans quelque petit village de campagne…?) Au hasard des rues, voilà que nous approchons la rue Montmorency — et quelle belle surprise ! Les escaliers devenus tapisserie multicolore, les marches tissant un gai motif fait de bleu, de violet et d’orange. Il faut encore monter quelques marches, en s’amusant à les compter (ou, maintenant, à nommer leurs teintes : lilas, prune, cyan…) pour admirer la vue sur la ville, avant de rentrer, le coeur décidément plus léger.

  3. Monter l’escalier était un calvaire, quand ma fille venait de naître c’était pire avec la poussette. Je m’en souviens bien, je pouvais mettre plusieurs dizaines de minutes a tout faire… Mais maintenant que ma fille est plus âgée, elle saute de couleur en couleur en riant, elle dévale les marches pour mieux les remonter, un coup sur le jaune, le rose, le magenta, un peu d’ébène par ci et du corail par là.
    Rien n’est plus plaisant que son sourire vermillon et son rire

  4. Au crépuscule de ce doux soir d’été, j’emmène ma douce découvrir l’escalier montmorency.
    Après de longues années passées dans cette ville, il nous est encore très aisé de nous émerveiller devant ses charmes.
    La multitude de couleurs qui nous accompagne durant notre ascension n’est pas sans nous rappeler nombre de nos voyages : le bleu azur des Caraïbes, le rouge des plages de l’île Maurice, le vert émeraude de la forêt amazonienne…
    Une nouvelle fois aujourd’hui un spectacle saisissant, assis sur la 268 ème marche, nous observons le soleil couchant vermillon se fondre au bleu de la mer, avant que la nuit noire ne plonge le Havre dans le sommeil.

  5. Peau de sucre ambré et crinière de miel, lèvres framboise et prunelles noisette. Voilà ce que ne retransmet pas la photo sépia posée sur le bureau. Mais ma mémoire est là pour redonner toutes ses couleurs à la jeune fille assise, gracieusement nonchalante. Un après midi elle et moi étions sorties nous promener, la chaleur du mois d’août nous avait accablées et elle s’était arrêtée pour faire une pause ; j’avais capturé son image. « De l’azur et du citron, c’est tout ce dont j’ai besoin pour être heureuse, » avait-elle dit savourant une brise rafraîchissante. « Et puis toi » avait-elle ajouté avant de m’embrasser pour la première fois.

  6. Fuir le sommeil pour ne pas nous avouer que c’est lui qui nous quitte. Douloureuse rupture que je noie dans la ville. Le froid d’abord menace de me faire plonger dans l’hébétude la plus totale et dans mes noires pensées. Pas à pas je marche dans la brume que mon esprit charrie, étouffant d’une fièvre que l’on nommerait cauchemar si j’étais somnambule. Après tout pourquoi pas, car se dresse devant moi une singularité. Une montagne prismatique qui ne se peut concevoir. Imperceptiblement le turquoise s’impose nuancé de fuchsia et, au loin, l’émeraude semble luir d’un appel incompris. Quel est donc ce temple à ciel ouvert où les murs blessés s’abreuvent de pastel?

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