6. Le Volcan

La soif de savoir peut être un carcan qui isole. Il faut alors extraire ces connaissances afin de les partager : s’évader par l’échange.

 

Commencer votre texte par : « Une fois de plus… »
Mots à placer : – espoir – sortir – réel

10 réflexions au sujet de “6. Le Volcan”

  1. Une fois de plus tout ce béton me fige dans un intense rejet. La ville dans ce qu’elle a de plus réel à présent m’évoque un terne enclos. Il m’a fallu sortir, j’irai à mon but. En voyant tout. En ne regardant rien. Tous ces gris monolithes, ces facades tristes, déracinées, que je feignais d’oublier, laissèrent poindre une lueur. Dénaturé, le Volcan toisait mon ignorance lorsqu’un regard ami m’inocula l’espoir. Quel était ce béton, étrangement… vivant?

  2. Une fois de plus, on avait espéré trouver du réconfort dans cette promenade. Observer le ciel et les oiseaux, voir dans ces nuages noirs et infatigables une métaphore poétique. Cet espoir d’évasion et d’oubli du quotidien avait cédé à une marche mélancolique, où les cris des oiseaux et le bruit de la ville ponctuaient les pensées et ramenaient alors momentanément au réel. Face à ce Volcan, l’impression d’immensité participait à ce voyage onirique. On imaginait les comédiens répéter leur rôle, les flâneurs chercher leurs livres dans ces drôles de cratère. Puis la nuit tombait. Il fallait alors rentrer chez soi, oser sortir de ses rêveries, au moins jusqu’au prochain coucher de soleil, qui était si propice au songe.

  3. Une fois de plus mes amis allaient boire un verre, mais j’avais mieux à faire. Tel un prédateur la toile tendue par le web imposaient ses liens hypertextes qui se transformaient en lien de chanvre. Je m’enfermais dans ces pages qui semblaient m’offrir de site en site une frénétique liberté. Illusion! La centrale thermique un jour s’arrêta n’offrant plus aux Havrais l’énergie nécessaire pour alimenter leurs machines. C’est ainsi que je fus comme forcé de retrouver les amis. N’ayant qu’un seul sujet à partager j’acceptais aussi les leurs. Cela me fit l’effet d’une explosion cérébrale capitonnée par l’effet endorphine. Cet intermède m’avait poussé à sortir, à retrouver ainsi une vie réelle et le garde fou de la pensée unique, l’espoir au détour d’un verre de partager des idées.

  4. Une fois de plus un volcan endormi s’était éveillé et n’accorderait de repos qu’une fois tout le magma d’émotions se serait déversé. Posée là, devant l’entrée de la bibliothèque, Annick était tourmentée à l’idée que Colette ne viendrait pas. Cela faisait quarante ans qu’elles ne s’étaient pas vues, pas depuis son mariage avec Michel. Elle avait refusé à l’époque de sortir des sentiers battus : un mari, des enfants, un foyer à entretenir. Pour l’amour on repasserait plus tard. Colette l’avait très mal vécu, elle sur qui le regard des autres n’avait pas de prise. Annick pouvait encore sentir sur sa joue le feu de la gifle : « Tu le choisis lui par faiblesse, parce que c’est plus simple. Profite bien de ta morne tranquillité. » et Colette était partie sans se retourner. Annick s’était résignée, les enfants étaient arrivés, Michel avait trouvé chez d’autres la tendresse qu’elle ne pouvait lui donner. L’espoir d’un amour partagé s’était désagrégé au fil du temps. Les enfants avaient grandi, quitté le nid et avaient fait leur propre vie. Elle était allée emprunter à la bibliothèque les ouvrages de Violette Leduc, Monique Wittig et Jeanne Galzy pour se jouer dans l’imaginaire la vie qu’elle ne s’était pas autorisée à ancrer dans le réel. Et puis un jour, les enfants partis après le traditionnel déjeuner mensuel, Michel, assis au bout de la table en formica, touillant la cuillère dans sa tasse de café, la fuyant un peu du regard, lui avait dit : « Tu devrais lui écrire. Les enfants sont grands, moi j’ai compris depuis bien longtemps, j’ai fait ma vie, à ton tour de vivre la tienne. »
    Elle avait donc contacté la sœur de Colette, qui elle non plus n’avait jamais quitté leur terre natale, afin d’avoir de ses nouvelles : Colette était devenue journaliste, avait beaucoup voyagé, ne s’était jamais mariée mais avait eu une fille qui avait été le scandale de la famille et la joie de sa mère. Elle habitait à présent à Paris et rendait visite à sa sœur deux fois l’an.
    Annick lui avait écrit, lui donnant rendez-vous au pied du Volcan, boire un café, discuter un peu si elle le désirait. Et voilà que cela faisait une heure qu’elle patientait, presque immobile, le regard fixé sur les escaliers et rien ne venait. Qu’est-ce qu’elle croyait ? Qu’elle viendrait ? Qu’elle lui pardonnerait ? Il était temps de rentrer à présent. Elle s’arrêta encore un instant devant la main d’où s’écoulait l’eau comme l’avaient fait toutes ces années qui ne lui avaient jamais apporté le repos qu’elle avait tant désiré plus jeune. Tout ce gâchis…
    Une voix l’interpella dans son dos. Des cheveux bouclés devenus blancs lâchés sur les épaules, de grosses lunettes rondes, une bouche fine qui ne retenait pas un sourire : « Comment vas-tu ? » Comme si elles ne s’étaient jamais perdues de vue.

  5. Une fois de plus j’étais repartie du festival « Le goût des autres » avec le sentiment d’avoir appris, vécu, compris l’autre, et ce grâce à l’écrit.
    En ce samedi après-midi de janvier, grâce à l’entremise d’auteurs célèbres étaient invités deux trentenaires originaires de Mossoul.
    Ces deux jeunes hommes venaient pour la première fois en France.
    Ils nous ont expliqué grâce à quoi ils ont repris espoir. Leur initiative est formidable : sur ce champ de ruines qu’ est devenue Mossoul ils ont créé un café littéraire du nom de Book forum, un endroit où les gens, perclus par trois ans de pilonnage permanent, peuvent se retrouver, lire, échanger, sortir du chaos.
    Après avoir échappé à la mort et avant même d’avoir reconstruit la ville, ces Irakiens pensent à remettre au coeur de leur vie la culture, le partage et l échange pour échapper à ce réel qui fut si difficile à affronter.
    Une nouvelle fois j avais pris une leçon de vie et de sagesse.

  6. Une fois de plus il se retrouva à fixer la lente progression des aiguilles sur l’horloge cruelle. Les secondes s’égrènaient, implacables. Chaque tic, chaque tac lui rappelait qu’il était coincé là, au bon plaisir de son prédécesseur qui n’en finissait pas. L’espoir de sortir du réel par la magie de la technologie s’effritait peu à peu. Finalement il se leva, dépité : l’accès libre est réservé à ceux qui se lèvent tôt. Ce ne serait pas encore aujourd’hui qu’il testerait le casque VR de la bibliothèque.

  7. Une fois de plus, j’ai perdu mon espoir. Je parcours la ville à sa recherche, mais je ne le trouve pas. Il me semble le voir disparaître au coin de chaque rue, le voir sortir à chaque fois que j’entre quelque part. Même le Volcan accepte de m’aider, il tonne en appelant son nom, mais rien n’y fait. L’église Saint Joseph me laisse monter sur sa tête, mais tout est si petit vu du haut de son long cou que je ne parviens pas à le repérer. Je parcours toute la ville, je m’y perds et je m’y retrouve, mais je ne vois pas sa trace. Je marche si longtemps que je parviens au bout du monde, et je n’ai plus d’endroit où chercher. J’ai tout parcouru, et mes chaussures sont fatiguées. Mais soudain, le voilà. Je l’aperçois, il est là, les pieds dans l’eau, et je cours, je m’élance pour l’attraper. Seulement, mes doigts se referment sur le vide. Était-il bien réel ?

  8. J’étais restée enfermée bien longtemps. Seule dans ma chambre, j’avais perdu l’espoir de rencontrer de nouvelles personnes, je ne savais pas où aller et que faire. Sortir de chez moi, lever le nez de mes livres, de mon univers à moi était devenu une phobie. J’étais trop bien.
    Mais voilà, peut être étais je trop dans ma bulle pour comprendre que le monde réel était plus important, que grâce à lui je pouvais vraiment vivre les choses que je parcourais dans les livres. Ma solitude me pesait, mon âge avançait et finalement mon âme m’a quittée, pleine de regrets. Tandis qu’elle s’élevait, les rires passés et les bons souvenirs s’échappaient avec elles, loin, haut encore et toujours plus haut jusqu’à ce que j’arrive au pays de la plénitude.

  9. Une fois de plus je me retrouvais là, seul, le volcan s’élevant devant moi. Une tour pour certains, un donjon pour moi.
    J’ai tant parcouru ses livres, voulu acquérir la moindre des connaissances qu’il renferme, découvrir le moindre de ses secrets.
    Des années durant, j’ai refusé de sortir, je me suis replié sur moi-même, tout est devenu si terne autour de moi, cette ville qui n’a plus rien à me cacher, les gens et la pauvreté de leur conversation…
    J’erre sans réel but, avec le seul espoir que quelqu’un saura soutenir ma conversation, me divertir même un instant, ce volcan qui m’a temps appris, m’a tant fait voyager, a désormais fait de moi son prisonnier.

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